La roseraie de Mumba

 Il était une fois, un tigre du nom de Mumba qui aimait (trop) les roses. Vous trouvez cela curieux ? Moi aussi !

La rose est une fleur odorante, délicate qui demande beaucoup de soin et d’amour. Oui, elle possède des épines qui la protègent des prédateurs ; c’est peut-être cet aspect qui attirait tant le tigre. Lorsque l’on pense au mot « délicatesse », ce n’est peut-être pas l’image d’un tigre qui vient en tête en premier, et pourtant…

Comme chaque année, au Japon, on préparait le Hanami. Hanami veut dire « regarder la beauté des fleurs ». (Moi je pense que l’on devrait tous faire Hanami quelques minutes par jour, mais c’est seulement mon opinion).

C’est une coutume japonaise qui consiste à apprécier la beauté des fleurs, mais principalement des fleurs de cerisiers. Avez-vous déjà vu un cerisier en fleurs ? C’est tellement beau et gracieux ; c’est rose et ça sent bon. Un simple regard et on se sent envahi de joie et d’allégresse. On a envie de frivolité ; d’enlever nos vêtements et de courir tout-nus entres ces arbres ! Bon, je m’égare un peu, mais tu comprends ce que je veux dire ! C’est comme manger, sentir et toucher en même temps une immense barbe à papa !

Dans la ville, on ressentait l’effervescence imminente due à l’approche de cette floraison. Mumba continuait de s’occuper de ses roses avec la plus grande des délicatesses et avait très hâte d’accueillir les visiteurs du Hanami et de leur présenter sa plus grande fierté. Tous les matins, dès l’aube, il se rendait dans sa roseraie et effectuait sa tournée des fleurs ; un peu comme un infirmier. Il s’assurait que chacune de ses roses reçoit les meilleurs soins requis. Il portait son attention sur la texture et la couleur des pétales ; il enlevait les fleurs fanées ainsi que les feuilles jaunies. La roseraie de Mumba était la plus belle de la région. Elle n’était pas tellement grande, mais tout y était bien disposé. Deux rangées de roses de variétés et de couleurs différentes ainsi que quelques massifs de roses placés en cercle autour d’un petit banc ou il faisait bon de se reposer.

Ce matin-là, fidèle à ses habitudes, il se rendit dans sa roseraie faire sa tournée des fleurs. À peine arrivé sur les lieux, il sentit que quelque chose n’allait pas ; il s’approcha d’un rosier bleu vert et vit que plusieurs feuilles étaient noircies. Il pensa à de la moisissure, ah non ! Cela peut se propager très rapidement et sur le plant en entier. Il enleva tout de suite ces quelques feuilles noircies et s’assura que c’était bel et bien le seul rosier qui en était affecté. Il lui semblait que oui. (Pour le moment du moins…)

Il consacra le reste de sa journée à l’entretien des lieux et la taille du gazon, car beaucoup de gens viendraient admirer son havre de paix dans quelques jours.

Le lendemain matin, en ouvrant la petite porte décorative qui servait de barrière, il s’arrêta net. Son cœur fit quatre tours dans sa poitrine et il sentit ses genoux ramollirent… Une grande bouffée de chaleur l’envahit et il se frotta les yeux afin de s’assurer qu’il ne rêvait pas. Malheureusement, il ne rêvait pas ! La moitié des rosiers avaient les feuilles noircies ! Quelle catastrophe ! (OMG !)

Mais comment cela avait bien pu arriver, lui qui jour après jour, s’appliquait à la tâche et était si dévoué envers ses fleurs… Il sentit les larmes lui monter aux yeux et alla s’assoir sur le petit banc au milieu de la roseraie. Il repassa dans sa tête chacun des gestes qu’il avait apporté à chaque rosier au cours des derniers jours, mais rien ne lui parut anormal. Il se leva et alla s’accroupit près d’un petit rosier jaune dont les feuilles étaient particulièrement noircies. Il prit une feuille et se mit à observer les taches noires. À l’endos de celle-ci, il vit un gros scarabée qui semblait dormir. Il lui donna une pichenotte afin de le réveiller.

-Hé, ho ! Ça va pas ! Je dors moi répondit le scarabée de mauvaise humeur.

-Ah oui, et bien c’est l’heure de se réveiller ! Je veux avoir des explications. Je veux savoir pourquoi et surtout comment toi et tes sales copains avez abîmé mon jardin de rose dit Mumba en furie !

-On se calme, M. le tigre ! Qui te dit que ces feuilles noircies sont de notre faute ?

-C’est certain que c’est de votre faute, foutu affreux scarabée ! Vous ne faites que ça manger et détruire ! Vous n’avez aucune compassion pour rien !

-C’est ton opinion, car tu es en colère ! Pourtant, tu nous apprécies lorsque nous mangeons les vers, les chenilles et autres insectes nuisibles de ton jardin.

-Peut-être devrais-tu y regarder de plus près. Peut-être devrais-tu toi t’interroger sur ce que tu fais de nuisible ici !

-Moi, dit le tigre ! Moi, je suis nuisible ici ! Tu es complètement fou !

-Tu fais pousser des roses pour ton propre plaisir, pour ta propre satisfaction, car les roses ne poussent pas ici au Japon. Tu as organisé ton jardin en cercle pour te permettre de circuler autour des fleurs. Et puis, chaque jour, tu coupes, égalises et enlèves des feuilles ou des branches qui ne sont pas à ton goût ! Les rosiers, habituellement dans la nature poussent dans tous les sens, jusqu’à ce qu’ils trouvent un support sur lequel s’appuyer. Ici, tu les as mis à ta main.

-OK, OK, c’est vrai que je coupe, enlève et égalise chaque plante, mais c’est pour qu’elles soient belles ; qu’elles paraissent à leur meilleure.

-Et aux yeux de qui ? Les tiens bien sûr ! Car pour nous cela ne fait pas de différence si une branche dépasse l’autre ou si une fleur est flétrie et va bientôt se détacher de sa tige.

-Oui, mais c’est comme ça que l’on crée une belle roseraie. Depuis des siècles, la rose est cultivée de cette façon. C’est comme ça… Depuis des siècles l’entretien d’une roseraie s’effectue ainsi ; couper, égaliser et enlever…

-Tu veux savoir ma réelle opinion l’ami ? Tes fleurs, elles en ont marre de toi ! Elles se rebellent contre tes règles ; tes normes d’entretien et de jardinage !

-Et je fais quoi maintenant ?

-Ben… Rien !

-Quoi ? Rien ?

-Ben oui quoi, rien comme dans rien faire ! Prends ça relaxe ! Fais-toi couler un bon bain chaud et lis un livre.

-Oui, mais dans deux jours, il y aura beaucoup de gens qui viendront ici et…

-Est-ce que tu aimes tes roses ?

-Oui bien sûr !

-Alors, fais leur confiance, dit-il en lui faisant un clin d’œil. Bon et maintenant, je vais moi aussi retourner relaxer. Et n’oublie pas, ne rien faire ! Ne rien faire ! Ne rien faire… !

-Ne rien faire ? Comme un scarabée ?! Mais je suis un tigre moi ! Je bondis, je cours et je rugis devant les épreuves ! Je combats et protège les miens devant les obstacles de la vie. Je ne reste pas assis à ne rien faire !

-Et bien, il va falloir apprendre ! Tiens, par exemple, tu pourrais essayer la méditation.

-La méditation ? Mais je te l’ai dit, je suis un tigre !

-Et alors M. le tigre Mumba, allez-vous vous refuser la chance d’essayer quelque chose de nouveau simplement basé sur le vieux principe que tout doit rester statique et être effectué de la même façon ?

Mumba prit une longue inspiration et d’un ton incertain dit : OK, OK je veux bien laisser une chance à ta méthode

-Super ! Je suis content de ton ouverture lança le scarabée !

Durant les heures qui suivirent, Mumba s’efforça de respirer ; d’être conscient de sa respiration. Il se surprit à apprécier le son de la musique douce et se laissa transporter par les différentes vibrations de celle-ci. Il fit de la lecture et prit plusieurs bains relaxants. Petit à petit, une forme de sérénité intérieure se mit à envahir son cœur. Plus les heures passaient et plus il se sentait enveloppé dans un cocon de douceur. Il sentait sa confiance augmenter et son anxiété s’évanouit. Tranquillement, il lâchait prise et acceptait l’idée de la nouveauté, de l’inconnu. D’avoir foi en la suite des choses ; que celle-ci se dérouleront toujours pour le meilleur, et ce, dès maintenant.

Le Hanami eut un immense succès cette année-là. Les roses furent plus que radieuses au dire de la multitude de visiteurs. On aurait dit qu’un nuage magique avait élu domicile au-dessus d’une roseraie ou un tigre, aidé par son ami le scarabée avait ouvert le portail de son cœur aux nouvelles possibilités.