Retour à Shambhala

J’ai beaucoup voyagé dans ma vie. J’ai visité des lieux touristiques très connus, mais j’ai aussi fait quelques détours plus sombres vers des endroits mystérieux… J’ai toujours aimé l’aventure, et ce depuis l’enfance ; c’est Dora l’Exploratrice en moi qui s’exprime !

L’effervescence du départ me gagne habituellement un bon mois avant la date de celui-ci. Je consulte des guides de voyage, des cartes ; je « google » des restos, des épiceries et des marchés. C’est connu tsé, quand l’appétit va tout va ! Je me crée un beau nouveau tableau sur Pinterest au sujet de destination chérie et le remplis d’article du style : le top 10 des choses à faire à blablabla…  Ensuite, je vais à la pharmacie pour acheter des mini formats de savon et crème en tout genre pour les bagages et en profite pour m’offrir une revue à potins pour l’aéroport ; oui, la revue à potins est mon plaisir coupable pré départ. Mon chum lui préfère s’acheter le Time Magazine à l’aéroport, c’est plus chic ! Moi, je ne sais pas, la vie des « people » de ce monde m’apporte patience et réconfort en zone d’attente de nulle part. Entre deux douanes, entre deux mondes ; le temps s’arrête, chacun en équilibre sur son fuseau horaire. 

— Aimeriez-vous avoir du lait dans votre café madame ?

— Nah, merci, madame, je prendrais un verre de vin blanc s.v.p.

— Ahhh… ah oui, bien sûr !

Ou encore :

— Eau plate ou pétillante ?

— Je vais prendre les écouteurs et un loup s.v.p. Réveillez moi quand ce sera l’embarquement, merci !

 

Hein ?! Il y a un embarquement pour aller au centre de la Terre me direz-vous ? Mais oui, à la première question et, oui aussi à la deuxième question sous-entendue ; car c’est bien là que je vous amène pour cette histoire. Depuis toujours, l’être humain se pose des questions à savoir s’il est seul sur terre? Dans la galaxie, l’univers ? Eh bien, je vous répondrai tout de suite que non. Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas que cela n’existe pas… Y’a-t-il de la vie ailleurs sur d’autres planètes ? Oui, bien entendu !

Et y’a-t-il de la vie qu’on ne connait pas encore sur terre ? Là encore, je vous dirai oui !

Vous avez peut-être déjà entendu parler des voyages de l’Amiral Bird et de ceux de Jules Verne vers le centre de la Terre ? La légende dit qu’au centre de notre terre, il y aurait une autre terre, possédant également un autre soleil, mais vraiment plus chaud. Les gens qui y vivent nous ressemblent un peu, mais comme ici, il y a plusieurs villes et plusieurs nationalités. Comme le soleil est plus chaud là-bas, les plantes, les animaux et les insectes en profitent beaucoup et sont gigantesques ! Eh oui, si tu te poses la question, ça veut aussi dire que les araignées sont énormes !

Quand j’y vais, je ne reste pas longtemps, y fait ben trop chaud et en vieillissant, je supporte de moins en moins bien la chaleur. Tu vas me dire que j’ai juste 41 ans, mais c’est ça pareil !   

Assise sur ma chaise de plastique froide et non confortable de la zone d’attente d’embarquement, je feuillette mon Vie de Star tranquillement. Plus je tourne les pages, plus je sens un engourdissement dans mes mains ; je sens les vapeurs envahirent mon cerveau un peu comme lorsqu’on a le vertige… Puis, je décolle…

Je cherchais mon chemin ou un chemin dans cette brousse. Je marchais dans cette jungle d’un pas vraiment pas confiant en me disant que j’aurais peut-être dû « booker » un 4 étoiles à Punta Cana finalement. Je devais tasser du revers de la main les feuilles de bananes gigantesques pour me frayer un chemin. Elles étaient humides et j’avais un peu peur qu’à l’endos d’une d’entre elles se cache une bébitte bizarre. Ouin, ça aussi… Moi toucher des affaires avant de les voir, c’est pas ma force !

J’entendis des craquements de branches provenant de derrière moi. Je m’arrêta net et retins mon souffle en me retournant ; devant moi se tenaient une panthère et un guépard debout sur leurs pattes arrière, vêtus de pagnes et de bandeau de courtes plumes rouges sur leurs têtes. Ils avaient l’air d’être les gardiens de quelque chose…

— Câline ! Ça fait une heure qu’on te cherche partout dans la brousse ! On savait que tu arrivais aujourd’hui, on est venu t’accueillir !

Bon à cet instant précis, j’hésite entre rire et crier. Je les contemple la bouche ouverte, même si ce n’est pas la première fois que je viens ici, je suis toujours stupéfaite de rencontrer des êtres si différents ayant pourtant plusieurs qualités qui me sont familières.

— Euh… ben allô !

 — Oui, oui, bonjour ou bonsoir, selon tu en es rendu où dans ta journée ! On n’a pas trop le temps pour les conventions. Suis-nous !

Je leur obéis, car contrairement à moi, ils ont l’air de savoir où ils vont. Nous marchons encore quelques minutes dans la jungle lorsque devant nous, venus de nulle part, des rayons blancs lumineux descendent du ciel. Nous continuons d’avancer et devant nous se dresse une ville éclatante en forme de cercle toute blanche et brillante.

— On y est enfin !

— On est où enfin, leur demandais-je ?

Ben voyons, c’est la cité de Posid. Tu y es venue une vingtaine de fois ! Ah oui, désolé, j’oublie toujours que tu dois traverser les limbes de l’amnésie pour venir jusqu’ici. Au moins, voyons ça positivement ; c’est comme toujours ta première fois !

On se dirige vers la gigantesque porte qui semble être l’entrée vers la ville. En fait, ça ressemble à une arche de porte de pierres brillantes ; des symboles y sont gravés jusqu’en haut. Nous entrons dans la ville et mes yeux souffrent d’hyperactivité ! Il y a toutes sortes de plantes et de fleurs majestueuses qui ornent les rues. On entend une multitude de chants d’oiseaux provenant des arbres qui bordent aussi notre chemin. Des gens et des animaux se côtoient et tous semblent habités par la même lumière douce et paisible ; ils nous sourient.

Nous nous arrêtons devant une porte bleue. Sur celle-ci, il y a des dessins de gravés qui me semblent familiers. Je suis comme hypnotisé par eux, je n’arrive pas à détourner le regard.

— Allez, on entre, dit le guépard en se tassant à droite afin de me laisser passer. Il me regarde et comprend sur quoi mes yeux sont rivés.

— Ah oui, c’est normal que tu fixes ces symboles. Tout grand artiste aime contempler ses créations de temps en temps !

— Quoi ? C’est moi qui ai fait ça, lui demandais-je avec une mine incrédule.

Sa réponse fut seulement un rire bien gras.

On entre dans une grande salle blanche et scintillante. Au milieu de celle-ci, il y a une longue table et sur celle-ci se tiennent cinq gros cristaux étincelants. Je n’en avais jamais vu d’aussi gros ! Ils sont tellement luisants. Je perçois chacun des petits éclats qui brillent et semblent me faire de minuscules sourires. On dirait qu’ils m’invitent à les toucher, les caresser.

— Est-ce que je peux toucher, demandais-je à la panthère. Il acquiesça de la tête très solennellement.

Je débute par le premier sur ma gauche. Je mets la main dessus, et tout de suite, je ressens de petits fourmillements dans celle-ci. Une sorte de sensation de fraicheur émane de lui et cette fraicheur remonte tout le long de mon bras. Je mets mon autre main sur le second tout en gardant ma paume sur le premier. Les petits fourmillements apparaissent encore très rapidement et ensuite encore la sensation de fraicheur, mais un peu plus chaude. J’ai maintenant une main sur chaque cristal et j’ai une impression d’instrument de musique. Comme si de chacun d’eux, un son ou une note différente sort. Je mets la main sur le troisième, et encore une fois, les mêmes sensations, mais encore plus de fraicheur ; presque comme lorsque l’on met la main dans la neige. Quelle drôle d’orchestre de sensations !

Je finis par les toucher tous, tour à tour afin d’essayer de percevoir les nuances. Je suis complètement absorbé et fasciné par eux, à un point tel que j’en oublie que je ne suis pas seule. J’entends quelqu’un derrière moi dire :

— Je crois que c’est bon…

— Tu les as tous activés, c’est parfait. Seule une grande prêtresse peut activer les cristaux de guérison.

Je fronce les sourcils en leur disant ; vous me niaisez, right ?

— Tu as pas mal de choses à rattraper jeune fille ; un pas à la fois, une aventure à la fois !

En entendant ses mots, je me sens comme aspirée par le haut. Tout mon corps monte dans un faisceau de lumière. Je ferme les yeux sous la pression. Mon voyage prend fin.

J’ouvre les yeux, encore un peu abasourdis et vois le mini avion bouger sur le petit écran devant moi. Celui-ci indique le trajet qu’il reste à faire jusqu’à destination.

— Bon matin ! Vous êtes très chanceuse de pouvoir dormir en avion, j’en suis incapable, me dit mon voisin de siège.

— Je ne dormais pas vraiment…  

—Ah désolé, c’est que je vous ai entendu ronfler et vous avez même marmonné quelques mots qui semblaient être dans une autre langue… Et, beau tatouage là sur votre avant-bras ! C’est un symbole ?

Je le regarde sans trop comprendre de quoi il parle, il me semble que je n’ai pas de tatouage… Je dirige mon regard vers mon avant-bras, et vois une sorte de petite spirale, juste là, sous le pli du coude. Tout en continuant de regarder le symbole, je lui demande, savez-vous ce que c’est une prêtresse monsieur ?